jeudi 17 décembre 2009

Laisser une trace.

Cette nuit, j'ai fait un rêve.
Je me voyais, moi, de dos, un beau dos en V avec deux tatouages sphériques, un en haut, un en bas.
Je crois que la question de marquer ma peau n'a jamais été aussi prégnante qu'en ce moment. Il y a bien dix ans que je rêve de me tatouer, repoussant toujours l'échéance à cause de la difficulté à trouver un motif, puis de la peur de regretter le dessin et le sens donné, ou juste de le trouver raté.
Depuis peu, les choses m'apparaissent plus clairement et je me visualise mieux. Même les motifs, trois pour être précis dont deux dans le dos, me semblent trouvés, choisis, définitivement. Je ne les détaillerai pas pour le moment, j'attends d'être sûr et de toute façon, ça ne sera pas pour tout de suite. Tous trois ont une signification très forte pour moi.
Précisons qu'il y a des années que je suis surpris quand je me vois en photo, que je ne me reconnais pas. J'ai des centaines de clichés de moi à la recherche de qui je suis mais tous sont vains. J'ai le sentiment que depuis peu, cela change, que je sais enfin qui je suis, et cette certitude de motif en est l'illustration.
Hier aussi je me suis plu en me regardant dans le miroir. C'est rare, mais délicieux.
Mon prochain rdv psy est, ô lolitude de la date, le 24 décembre. Je me demande si je ne vais pas commencer à lui parler de l'attestation (pour pouvoir commencer la testo), histoire de tâter le terrain. histoire de continuer ce chemin vers moi-même

jeudi 10 décembre 2009

Contre-coup

D'abord merci à tous ceux aussi, par le blog ou ailleurs, me soutiennent et me rassurent en post-coming-out.
Je m'explique car il me semble que cette situation est importante.
Dans mon billet précédent, je disais que mon coming-out auprès de ma mère s'était bien passé, et c'est toujours le cas. L'enthousiasme est à mitiger cependant, et je tenais à l'évoquer car ça peut arriver à n'importe lequel d'entre nous (ça fait secte, cette expression)
Ne pas paniquer. Tout se passe toujours bien mais j'ai appris par mon frère que lui-même et ma mère avaient pleuré suite à mon départ, après l'annonce faite à ma mère.
Ils ont peur, tout simplement. Peur que je fasse une erreur, peur que j'aie des regrets, peur des hormones, de la chirurgie, peur du regard des autres sur moi pendant la transition et que je ne le supporte pas ou que j'ai des problèmes d'intégration.
Malgré tout, quoiqu'il arrive, ils me soutiendront, mais je pense qu'il est important de bien rappeler à chacun que cette annonce n'est pas anodine et qu'elle change la vie de nos proches également.
Les meilleurs armes restent le dialogue, le temps et l'indulgence.
Répondre à toutes leurs questions, même si elles sont maladroites (auquel cas leur expliquer pourquoi)
Laisser le temps à chacun de comprendre et d'accepter
Laisser à nos proches le droit à l'erreur, de se tromper de pronoms ou autre. Tant que ce n'est pas du déni pur et simple, du genre je t'offre une jupe et des talons aiguilles, il faut leur laisser le droit de chercher leurs propres mots, de réinventer le code du langage. Est-ce vraiment facile de dire "il" à leur sœur, leur fille, leur femme ? Il ne sert à rien de se sentir blessé, juste leur rappeler gentiment et tout se passe au mieux.
*** (oh des étoiles !***
Oui, une petite césure afin de passer un autre sujet pour lequel je ne ferai pas un post de plus.
Mon rendez-vous psy du jour a été très intéressant, davantage dans le dialogue qu'il ne l'a jamais été.
Déjà, on a papoté coupe de cheveux, parce qu'avec les cheveux courts ils sont blonds alors qu'ils deviennent sombres en étant plus longs. C'est un détail anodin que cet échange, mais je trouve que ça dénote une sympathie mutuelle qui s'installe.
Je lui ai également expliqué comment se passait le changement d'état-civil, à sa demande. Il semble ne pas du tout être d'accord avec l'idée de stérilisation forcée et m'a parlé de Thomas Beatie, FtM connu pour avoir eu une grossesse. Il trouvait ça intéressant et était totalement pour. Il a aussi déploré que mon compagnon et moi ne pourrons pas nous marier un jour si nous le souhaitons !
Franchement, je crois avoir trouvé une perle !

mardi 8 décembre 2009

Auprès de ma mère...

*air connu*
"Auprès de ma mère,
Qu'il fait bon, fait bon, fait bon,
Auprès de ma mère,
Qu'il fait bon grandir !"
Bon, ok, on va oublier les centimètres pour grandir, mais mon moi profond le fait lui.
Samedi, enfin, j'ai osé parler à ma mère de cette situation qui me bouffe le cœur depuis si longtemps.
Elle était seule à la maison, alors j'en ai profité. Je lui ai demandé de s'asseoir...
Moi : "Maman, j'ai quelque chose à te dire de très important. quelque chose qui va transformer ma vie et dont tu n'es absolument pas responsable. D'abord il faut que tu saches que je t'aime, même si je ne te le dis jamais. C'est très important. Et quoi que je fasse aujourd'hui, cet état de fait ne changera pas. Il faut que tu saches que je vais bien, même mieux que jamais car j'ai toujours le nœud de ma dépression"
Elle : "C'est vrai qu'il y a longtemps, beaucoup trop longtemps que tu ne vas pas bien."
Moi : "Je vais enfin te dire pourquoi je dois voir un psychiatre. Celui-ci confirme que je suis réfléchi et bien dans ma tête. Ce que j'ai à te dire est très dur. D'ailleurs, je sens déjà que je vais pleurer"
Je me ressaisis, ce n'est pas encore le moment, je ne me souviens plus exactement des mots, bien sûr, mais cela donnait à peu près ça.
Moi : "Il faut que tu saches que je n'ai jamais été à l'aise avec mon identité, même si j'ai fait des efforts ces derniers temps pour vivre en tant que femme. Au fond de moi, je suis un garçon, et j'ai décidé à présent de vivre pleinement cette identité. Je sais que ça peut être difficile à concevoir, mais c'est ce qui sera le mieux pour moi. Il faut que tu le saches car je ne peux plus faire semblant, mais j'ai tellement peur de te perdre que je n'ai jamais osé en parler avant."
Un moment de silence, bref, mais qui me semble interminable.
Elle :"J'avais deux fils et une fille, maintenant j'ai trois garçons."
Je vous épargne la suite de l'entretien. Elle l'a pris de façon sublime, simple et naturelle. J'ai pleuré dans ses bras J'ai enfin pu lui dire à quel point je l'aimais, à quel point point elle était importante pour moi. La seule chose qui l'a inquiétée fut de savoir comment avait réagi mon compagnon. Elle a été soulagée d'apprendre qu'il l'acceptait parfaitement.
Je ne peux pas encore mesurer le soulagement ressenti et plus encore la force qu'elle m'a donné pour continuer mon parcours. C'est à ce moment précis que je me suis senti légitime et fier de qui je suis. J'ai le sentiment que ce 5 décembre est une date primordiale, comme si elle représentait vraiment le début de tout.
Je sais que j'ai de la chance, énormément de chance,et je souhaite la même chose à quiconque. J'espère que mon témoignage pourra donner le courage à d'autres de faire ce que moi je regrette d'avoir si tard.

lundi 30 novembre 2009

Et si...

Et si tout se faisait simplement.
On dirait que je faisais ma transition et pis que les gens se diraient juste "oh tiens ? Elle est devenuE Il" sans aucune question et révélation fracassante.
Ce serait bien.
Je crois que si je liste le nombre de personnes à qui je dois le dire, je me pends.
Je n'ai pas envie d'avouer ce qui n'est pas à avouer.
Je n'ai pas envie de devoir justifier mes choix à tout va.
Je n'ai plus envie de flipper à cause de tout cela et que ça prenne la place de réflexions à propos de mon parcours.

jeudi 26 novembre 2009

[&] Le 11 et la loi des séries

Puisque le "11" a été évoqué dans le message précédent je continue sur la lancée.
Après les coming-out effectués ces trois derniers jours auprès de ma famille et de quelques amis, cela amène au nombre de 11 les connaissances au courant de notre situation (je dis bien connaissances, le psy' compte pas).
Mais qu'observe-t-on aussi avec le chiffre 11 ? Eh bien qu'il est effectivement fascinant. En effet, le 11 en binaire (classique) signifie dans tout autre langage (hexa', octal, ou décimal) 3, et, donc, le système binaire fait qu'un et un ne font pas deux mais trois, et j'y trouve une analogie assez amusante entre le cadre hétérosexué binaire de notre société et l'existence pourtant d'un troisième sexe, dont la définition ne se fait - du fait de ce cadre - que par rapport aux deux "1" que sont l'homme et la femme classiques.
On retient donc que 1 & 1 = 3
Et ça, j'aime bien.
Bref, là n'est pas le propos.
Je vais revenir, encore une fois, sur le coming-out de ces derniers jours, plus pour laisser une trace sur ce blog commun que pour le plaisir de me répéter.
Mon frère, mon père & ma mère, ma sœur ont été mis au courant. De même qu'un coreligionnaire estudiantin de mes amis, une amie récente et pourtant si importante, et une amie de longue date.
La compréhension a été beaucoup plus facile - plus que ça, elle a été naturelle - pour les amis que pour la famille.
L'acceptation n'est pas un problème en soi, mais la compréhension, et donc l'acceptation du discours en est un. On nage donc souvent dans des discussions épistémologistes et linguistiques puisque l'acceptation n'est pas une étape à franchir. Et parfois c'est dur, relativement s'entend, puisque l'on se rend compte alors du ressenti des autres, de l'importance qu'ils accordent à l'interaction, et le refus de toute décision unilatérale. On n'a pas le "droit" d'annoncer quelque chose et de demander d'être accepté sans conditions : étant accepté d'office, on est tenu de justifier nos choix, de prouver qu'ils sont conscients, libres, réfléchis. Bref.
Tout cela pour dire qu'au-delà de ses considérations, tout s'est bien passé, ma sœur plus prédisposée à éprouver de l'incompréhension, si ce n'est une certaine forme de rejet, est finalement celle qui a réagi avec le plus de simplicité, d'écoute et d'attention. Et cela me réjouit de savoir que ma sœur est bien ce que j'en avais gardé comme image : quelqu'un qui sous ses airs de personne influençable par la pensée mainstream est finalement celle qui est la plus ouverte et capable d'évolution. Je ne dis pas cela pour dénigrer le reste de ma famille, qui a toutes les qualités que j'attends d'eux, mais pour rendre hommage à ma sœur dont la réaction a plu à ma sensibilité (tout comme les réactions des autres ont plu à d'autres aspects de ma personnalité, mais qui n'étaient pas les plus stimulés à ce moment précis : celui de faire découvrir des choses inconnues pour mon frère, celui de discuter de l'importance des mots et du dialogue avec mon père, et celui de partager inquiétudes et craintes avec ma mère).
Je crois qu'à ce point de la note je suis devenu incompréhensible, je me rends compte que je suis en train d'écrire plus pour vider un sac trop rempli par des pensées antiques que pour narrer des faits de la semaine.
Si je devais donc conclure pour éviter de m'égarer plus longtemps, je dirais donc que ces coming-out successifs ont été bénéfiques pour tous deux dans la mesure où ils nous ont conforté dans l'acceptation que l'on attendait de nos proches (même s'il en manque), et d'un point de vue personnel ils m'ont permis de parler sans mentir à des personnes connaissant K., d'utiliser les bons prénoms à son égard, de cesser pour un temps la schizophrénie chronique entre la sphère conjugale et les relations extérieures.
Bref, je me sens plus entier, parce que plus assumé, plus vrai en somme.

jeudi 19 novembre 2009

Et de onze !

Onze.
Non ce n'est pas le nombre de rendez-vous psy, de mois de réflexion ou de mégots dans mon cendrier.
Le onze est un nombre qui me fascine depuis toujours alors j'extrapole autour.
Un nombre palindrome, bien symétrique, ou légèrement déviant selon la graphie.
Pourtant je suis 10 !
Dys...phorique
Dys...lexique
Di...vergent
Di...fférent
La semaine prochaine, ma moitié dira à ses parents que je suis trans.
De mon côté, je ne veux plus attendre. Ma mère, mon père, mon frère aîné doivent savoir.
Je flippe, je flippe comme jamais. J'ai l'impression que l'épreuve qui m'attend est la plus lourde que j'aurais à affronter. Je n'ose même pas me dire que je suis loin du compte !
La chirurgie ne me fait pas peur, si ce n'est en terme de résultat. Mon corps est une prison de douleur depuis toujours alors la convalescence, je m'en fiche.
Je ne sais pas si je serai en mesure de tenir mon engagement d'un an de réflexion. Cela me mènerait jusque juillet 2010, et je veux que ma torsoplastie se fasse symboliquement en 2011.
Si je fais effectivement mon stage chez mon (adorable) frère, il y a des chances que j'entame l'hormonothérapie un peu plus tôt si possible. Tant pis pour la soutenance de mémoire avec la voix qui mue. J'aime le onze mais il me faudra au moins douze pour avoir mon année.
Dix, douze... jamais de onze dans ma vie. Mais je suis ce onze, ce XX bancal et atypique.
Je veux arborer fièrement ma masculinité, pour être moi-même et enfin vivre.
J'ai vu un reportage sur une trans partagée entre les deux genres et qui disait à peu près : "A force de vivre entre deux vies, on ne vit qu'une moitié de vie."
Cette phrase a fait tilt et m'a fait pleurer, trop vraie et donc trop dure à entendre.
Enfin, j'ai réussi à craquer ce soir et a pleuré. Bon sang, ça fait du bien !
On met les choses à plat, et hop ! on repart.
C'est tellement dur de pleurer pour moi à présent, comme si j'avais déjà commencé la THS. Bizarre. Peut-être mon corps commence t-il tout seul ?

lundi 16 novembre 2009

De la représentation de soi

Han ! Matez mon titre pompeux ! ^^
Depuis toujours je dessine -ahem !- je gribouille. J'ai toujours eu beaucoup de mal à me représenter alors que cela arrive souvent, par exemple, pour raconter une anecdote, pour laisser un mot à un proche, pour faire rire mes camarades de classe, puis de promo.
Cette vision de moi a toujours été floue.
Il y a quelques jours, j'ai cherché à me dessiner pour un hypothétique projet de blog bédé, me représenter en tant qu'homme sans prendre en compte mon apparence actuelle.
Pif paf pouf, en trois traits, j'étais croqué.
Encore une fois, j'ai le sentiment que des indices subtils sont là pour me guider... si seulement je pouvais être fan de foot et de F1, ce serait plus simple !
Je plaisante, je plaisante... mais parfois, c'est difficile de se situer quand l'homme que l'on est n'est pas conforme aux modèles de la société.