mercredi 9 février 2011

Du prénom androgyne, et autres pseudonymes

Depuis le temps que je coming-oute à tout va, le même "souci" revient. A chaque annonce de mon nouveau prénom, on me sort qu'il est plus féminin que l'ancien. La bonne blague, je le sais. C'est pour son histoire que je l'ai choisi, et les choses s'arrêtent là.
Cela ne m'affecte pas d'avoir une identité androgyne, mieux, cela me plaît. Si cela m'entraîne à jouer un personnage, c'est parfait. Je pense que personne ne me connait vraiment. Rares sont ceux qui me connaissent le plus et ce ne sont pas forcément des gens que je fréquente très souvent. Bref, trêve de digressions.
De tout temps, on m'a rarement appelé par mon prénom de naissance, plutôt masculin d'ailleurs. On m'appelait par un surnom qui a le chic d'être un prénom masculin en Belgique.
Puis, lors de mon passage jeune femme, j'étais appelé par un pseudonyme que j'employais sur le net. J'avais aussi l'habitude de signer mes dessins de ce pseudo. Ironie du sort, c'est un bidouillage du nom de mon perso de jeu de rôle, masculin lui aussi.
Puis est arrivé l'avènement de mon nouveau prénom. Je n'y ai même pas vraiment réfléchi. C'est sorti naturellement, car un personnage de mon roman le porte -le portait- et ce personnage me ressemble énormément. A présent, j'ai modifié son nom afin que les gens ne pensent pas que j'ai vécu les horreurs qu'il a vécu, sans doute en peine perdue.
Ceci étant, je me colle dans les pattes un nouveau boulet avec ce prénom ambigu. Je devine d'avance les commentaires "Garde-le, c'est le tien... tu t'en fous des autres." Oui je m'en fous. C'est vrai. Et ce prénom, je l'arborerais sur toutes mes créations, comme un étendard claquant au vent de mon androgynie revendiquée.
Néanmoins, j'envisage d'en adopter un plus genré pour le changement d'état-civil. Cela germe peu à peu dans mon esprit. Je ne me vois pas demander à tous de m'appeler par encore un autre prénom alors qu'ils ont pris l'habitude de celui-ci, mais l'adopter dans un seul cercle créatif/amical me semble plus approprié.
Affaire à suivre, donc. J'ai déjà une idée d'un prénom que j'ai failli adopter en premier lieu. Un prénom sans ambiguïté et que je n'ai pas de mal à prononcer (Ben oui, étant un peu con, j'ai choisi un prénom avec un sublime "L" que mes problèmes de prononciation et moi sommes en peine de lâcher). Un nom pour le civil, un autre pour les mais, un autre pour la famille, tel pseudo dans la sphère body mod, tel autre dans le domaine artistique... Tout ceci me semble bien sympathique. Reste à savoir si cela ne coincera pas au moment du changement d'état-civil.
 

mardi 25 janvier 2011

Monde du travail et transition

En ce moment, je vis dans un inconfort brutal dont j'aimerais me défaire.
Pour rappel, je suis au chômage depuis fin novembre. En soi, je le vis bien. Mieux, j'avais besoin de cette pause pour faire le point avec moi-même, me reposer, essayer d'être plus serein. La transition est un poids moral très lourd à porter, et après deux ans de lutte avec moi-même, j'avais besoin de ce break.
Aujourd'hui, je vis dans une situation semblable au coming-out. Faire comprendre aux autres pourquoi je ne travaille pas, mais je n'arrive pas à l'exprimer. La simple question "As-tu trouvé du travail ?" ou pire, celle appelant un non : "Cherches-tu du travail ?", est une véritable torture. Je n'ai pas envie de me justifier, tout comme je n'ai pas envie d'expliquer pourquoi je me sens homme. Si ce dernier point n'a pas de réponse,  il y a en une multitude sur la question du travail. Une fois de plus, à mon sens, cela me donne l'impression de devoir justifier l'injustifiable, car totalement en marge des normes sociales.
Dans ma promo, tous ou presque ont trouvé du boulot. Ils triment leurs 35 heures ou plus, bien sagement. Métro, boulot, dodo. Smic et vie chiante comme pas deux. L'idée seule d'être planté derrière un bureau me révulse et me retourne l'estomac. Aujourd'hui, je regrette vraiment d'avoir fait cette formation, j'ai vraiment l'impression d'avoir perdu mon temps. La seule chose que j'en retiens est que j'ai rencontré une amie formidable. Une vraie chance, certes, mais cela ne me donne pas de boulot pour autant.
Si c'était à refaire, je serais resté aux Beaux-Arts. J'y aurais achevé ma formation, plutôt en dessin, voire en design. Je sais depuis toujours que je veux créer. Ecrire, surtout. C'est là la seule chose qui me fasse vibrer de la tête aux pieds avec la même constance depuis près de quinze ans. Malheureusement, j'ai plus de chances de gagner au Loto que de réussir à en vivre.
Il faut bien trouver une activité alors, un truc pour paraître normal, suivre les normes de notre gentille société. Finalement, la chose qui me motive à trouver un travail est l'argent, bêtement. Car il est difficile de vivre sans , et par vivre, j'entends sortir, voyager, bouger, voir des amis, des expos. Car objectivement, avec le RSA et la CAF, vivre juste pour être logé, manger, dormir, est possible.
Depuis quelques années, une envie d'avenir ressurgit par phases. Là, cette phase est plus longue que d'ordinaire. J'y pense tous les jours depuis que j'ai pu la mettre en pratique.
J'ai peint une fresque pour un stage, et j'ai choisi un nouvelle ameublement dans une bibliothèque. Cela m'a plu, puissamment, et j'aimerais pousser l'idée jusqu'à en faire mon métier alors que je ne suis pas du tout formé pour ça. J'aime travailler la matière, le bois, le papier, le métal. J'aime rénover des meubles, aménager un espace, peindre de grandes surfaces, jouer de tissus, de couleurs.
Ce qui me retient ? La viabilité d'une telle entreprise d'une part, mais surtout le regard d'autrui. Même si certains m'encouragent dans ma démarche, la plupart me prennent pour un fou. Etant fâché avec ma confiance en moi, ces réactions négatives influent sur moi avec plus de force qu'elles ne le devraient.
Sauf qu'aujourd'hui, je n'envisage pas mon avenir autrement. Perceuse, meuleuse, fer à souder, bois, dentelle, vis... La matière, toujours la matière. Créer cette entreprise me permettrait d'évoluer dans la sphère des créatifs lillois, me permettrait d'être mon propre patron sans qu'on me juge sur mon apparence. Je veux juste vivre en osmose avec moi-même, et ce pour quoi j'ai été formé est en totale contradiction avec mes convictions les plus profondes.
Oui, je vais en chier, sacrément même. Oui, je ne serai jamais riche mais bon sang, quelle importance ? Si j'ai de quoi manger et de quoi voir mes amis, le reste importe peu. Nice suit, nice desk, nice situation... Et pourquoi faire ? Faire joli, rendre les autres heureux de me voir rentrer dans le moule bien que je sois un freak ?
Je sais que le plus sage serait de travailler dans ma branche le temps de mettre de l'argent de côté. Jouer au monsieur madame, travailler avec une identité féminine, cacher mon secret si j'arrive à mettre un hypothétique patron dans la confidence ? Non. Définitivement, non. Je ne veux pas être un trans, je ne veux pas être la bête curieuse. Je ne veux pas passer ma vie à ête confronté à ce que je suis, c'est hors de question.
Alors il me reste à faire en sorte de tester mon projet, de me rapprocher des bonnes institutions pour avancer au mieux et le reste suivra. Je sais qu'avec un torse et quelques mois de testo en plus, je me sentirai plus fort. En attendant, je guette la pauvre offre d'emploi en télétravail, histoire de gagner ma croûte sans être confronté au regard des autres. J'en ai marre de jouer les fantômes de l'opéra. Je veux vivre simplement, être moi. Même si je dois lutter pour faire vivre mon projet, même si je dois m'opposer aux réflexions des autres.
Je suis déjà trans, pd, goth, alors pourquoi pas artiste à temps plein ? Je pense que je ne suis plus à ça près.

mercredi 12 janvier 2011

Bilan des deux mois

Voilà deux mois que j'ai commencé mon traitement hormonal, et je me dis qu'un petit bilan s'impose.
Tout d'abord d'un point de vue physique :
- Ma voix a baissé, c'est un fait. Je l'ai constaté en m'enregistrant mais j'ai du mal à m'en rendre compte. Elle n'est absolument pas stable et je me retrouve parfois aphone, ou à couine comme un poney alors que je prévoyais un autre son. J'ai moins mal à la gorge qu'au début, mais cela persiste et il m'est impossible de porter quelque chose de serré autour du cou.
- La forme globale de mon corps change. Je perds des hanches, du bide, et mes épaules se développent. Bien sûr, je suis impatient que cela soit plus probant mais cette évolution me plaît. La forme de ma poitrine a aussi changé. J'aurais du mal à l'expliquer. Toujours le même tour de poitrine, mais pas la même forme.
- Niveau pilosité, j'ai un début de moustache, des poils fins et noirs, et deux trois qui se perdent sur mon menton. Pas d'autre changement notable ailleurs, sauf peut-être plus de poils sur le ventre (et c'est très bien comme ça)
- Niveau peau. L'odeur de ma peau change. Elle devient plus masculine et ça me plat, bon, hormis le fait que je sente le bouc même après la douche ! (me cassez pas les noix avec la pierre d'Alun, je ne la supporte pas) J'ai une acné raisonnable. C'est moche, mais ça pourrait être pire. Menton, joue, front, un peu sur le haut du dos et sur le torse.
- Niveau musculature. Mes bras changent, mes épaules aussi. Globalement, je suis moins mou. Et j'ai la surprise d'avoir le sentiment que les objets sont moins lourds, ce qui fait que je les attrape parfois un peu trop fermement ^^' C'est assez drôle dans l'ensemble. Je me sens plus endurant aussi, moins rapidement fatigué pour les diverses choses du quotidien.
Maintenant, voyons les mauvais côtés :
- L'odeur déjà. C'est assez complexe à gérer de puer le bouc non stop.
- Le mal de gorge, c'est pénible.
- Les crampes. Dans le cou, les deltoïdes, et aussi dans les mollets. Cela survient brusquement, c'est douloureux, puis ça repart. J'ai parfois des fourmillements dans les jambes également.
- L'agressivité. Là, c'est un point très délicat. Je suis beaucoup moins patient, beaucoup plus impulsif, et le moindre fait irritant prend une ampleur dantesque. J'essaie de me tempérer, mais en ce moment, je hais les trois quarts des habitants de cette terre, ce qui n'est pas commode.
- J'ajouterai en inconvénient que cette mutation me fait me terrer plus que d'ordinaire dans ma grotte. Il faut dire que je suis maintenant à deux doigts de retourner un taquet dans la tronche de quiconque se trompant de genre. De plus, j'ai comme l'impression que certains inhibitions sur l'acidité éventuelle de mes propos est levé. Bref. Je préfère m'isoler le temps que ça se tasse plutôt que d'agresser mes proches.
Bon, ce topo fait, revenons à un autre aspect, que je dirais psychologique, ou plutôt sur le ressenti.
Je découvre avec stupeur que je n'ai aucun mal à me faire mes injections, moi qui appréhendais, finalement je m'en fiche (et c'est tant mieux !) Je suis réellement enchanté d'avoir fait ce choix et chaque modification de mon corps, même les négatives, m'apparaissent comme une révélation. J'ai enfin le sentiment d'avoir trouvé le chemin du moi. Même si j'estime que je me sentirai mieux d'ici quelques mois, j'arrive à avoir la patience de voir venir cette évolution.

lundi 3 janvier 2011

Des voeux de 2011

Eh bien, sommes-nous obligés de passer par la sempiternelle case des vœux de nouvel an ?
J'ai envie de dire non, pour la simple et bonne raison que chacun est maître de son destin. C'est à chacun de faire ses choix, et la seule chose que j'ai envie de te souhaiter, ô lecteur, c'est la réalisation de tes propres souhaits.
Un passage dans une année nouvelle n'est que succession de jours, d'heures, de minutes. Il n'est rien de plus ordinaire, conditionné par le seul fait de notre calendrier qui veut rendre cet évènement festif. Pour ma part, je m'en fiche et le festival du décompte et des bises de nouvelle année m'insupporte.
Néanmoins, cette année, j'ai été heureux d'embrasser et de serrer dans mes bras des gens qui ont accepté ma migration identitaire sans poser la moindre question. Étant superstitieux quand j'en ai envie, j'ai décidé que c'était là le signe d'une bonne année à venir, année frappée du sceau du onze, mon nombre fétiche.
Le onze doit voir l'avènement de mon torse, et l'évolution de mon être au fil de ce doux poison qu'est la testo.
Pourquoi "doux poison" ?
Parce que j'aime le masochisme prégnant de l'auto-injection, parce que cet envol vers mon moi réel révèle mon plein potentiel agressif, parce que mon impatience et ma misanthropie latente n'ont jamais été aussi fortes, parce que ma voix sombre vers le grave, que j'aime ça, parce que la douce caille mute en connard arrogant et narcissique et que je n'éprouve aucune honte, aucun remord, aucun regret, parce que ces épreuves me rendent plus fort, plus sûr de moi.
Parce que je m'engage dans une lutte dantesque mais que je suis fier de livrer ce combat contre moi-même, et que le jour où je pourrais me fixer dans une glace, droit dans les yeux, droit sur le torse, j'aurai enfin le sentiment d'être complet, de voir ce moi larvaire éclater au profit de ce que je suis réellement.
Je me love dans mon cocon en attendant ce jour. Je fais des projets, je profite du temps qui m'est imparti à faire des choses que j'aime. Plus que tout, je projette. J'ouvre le champ des possibles vers une infinité qui me semblait jusque là inaccessible. Pourtant, je suis le même, mon esprit n'a pas changé, mais aujourd'hui j'ose. J'ose prendre la plume, j'ose dessiner, écrire, plus que jamais la faim me dévore au plus profond de mes tripes. Moi qui craignais que la transition me coupe l'envie de créer, je n'en ai jamais autant eu l'idée, le désir, le besoin.
Depuis que j'ai compris que jamais la transition ne ferait disparaître Monsieur Noir, je m'offre des armes pour combattre d'égal à égal. Ce cancer qui me ronge le cerveau depuis tant d'années, cette gentille dépression sirupeuse qui me lape le cerveau et étouffe chaque pore de ma peau, je sais que j'en serais dépendant toute ma vie.
Aujourd'hui, j'ai choisi d'en faire une force, et c'est la transition qui me le permet.

dimanche 19 décembre 2010

Devenir adulte ?

En ce moment, je cogite énormément, sans doute trop ailleurs.
Divers éléments me font prendre conscience que je glisse (enfin ?) vers le monde adulte. Fini la fac, bonjour les galères administrative, la recherche d'emploi. Je sais aussi que cela me fait peur. J'ai l'impression d'être aussi nu que le nouveau-né, aussi fragile, mais moi je n'ai pas la force de crier pour inspirer ma première goulée d'air.
Aujourd'hui, il s'est passé quelque chose qui m'a cruellement projeté dans le réel. Il y a quatorze ans, j'ai acheté un cheval. Une petite bestiole noire, pas très jolie, mais d'une gentillesse défiant l'entendement. Il avait alors 16 ans, moi 13, et en pleine adolescence pénible et douloureuse.
Pendant toutes ces années, ce cheval a été mon confident, mon réconfort. Le seul à savoir quand j'allais mal, le seul à venir poser sa tête contre moi, simplement, semblant me dire "On se relève de tout, tu sais."
J'ai passé des heures en sa compagnie, à le veiller, à l'aider à vieillir du mieux possible. Me battre pour le rendre heureux, pour le sauver de la détresse quand sa compagne est morte. Cette petite jument grise qui m'a usé la voix, brûlé les muscles tant j'ai passé d'heures a essayer de la relever le jour où elle a décidé de mourir.
Aujourd'hui, mon cheval a trente ans. Il est en fin de vie, je le sais depuis toujours. Dans le froid glacial de ce dimanche maudit, il s'est laissé tomber. Il s'est évanoui. Ma mère l'a retrouvé et comme moi il y a quelques années, elle a lutté pour ne pas le laisser partir. Elle a réussi. Elle m'a appelé et m'a raconté cette mésaventure, bon sang, s'il n'y avait pas cette neige, je serais en ce moment même au "chevet" de mon cheval.
J'imagine que mon attachement peut sembler stupide, ou dérisoire à certains mais je m'en moque. Seul compte ce que je ressens et c'est bien une chose que la transition m'aura apprise. L'idée de le perdre n'a jamais été concrète. Lui, mon seul réconfort pendant des années d'enfer. Je devrais accepter la symbolique de son départ imminent comme le signe de ma renaissance mais je ne peux m'y résoudre. Il fait partie de moi, c'est un fait, et il y a quatorze ans que j'ai tout donné pour le rendre, avec succès, heureux.
Je voudrais pouvoir être serein pour l'accompagner avec le sourire pour ses derniers instants mais je ne peux m'y résoudre, pas encore. C'est peut-être égoïste, mais je veux lutter pour qu'il vive encore, qu'il ne m'abandonne pas tout de suite. Je n'ai plus qu'à croiser les doigts en espérant que tout se passe au mieux, quelque soit l'issue. De toute façon, il y a des années que j'ai abandonné toute idée de prier.

vendredi 17 décembre 2010

Une transition, et alors ?

Je pense qu'il est important dans le cadre d'une transition de continuer à vivre le plus normalement possible. La transition est une partie de la vie, non un but dans la vie.
Pour ma part, je m'efforce de continuer de faire vivre mes passions, la musique, l'écriture et d'essayer de ne pas me focaliser sur la transition. forcément. Car si j'oriente toutes mes pensées vers la transition, je me place en équilibre au bord d'un gouffre sans fond. Je préfère me voiler la face et ne pas penser au désespoir de ne jamais être cisgenre, normal, entier. Je ne suis pas dans la norme, déjà, par tout ce que je suis et ne suis pas, ma personnalité, mes goputs, je n'entre pas dans le cadre.
Fuir la peur d'être déçu du résultat, garder patience face à la lenteur du changement.
Mon premier défi est d'essayer de m'alimenter correctement. J'ai depuis longtemps un trouble alimentaire de type boulimie/anorexie. En ce moment, c'est le deuxième aspect qui prime. La faim ne se rappelle à moi que lorsque je suis au bord de tomber dans les pommes. Là, je dois me forcer à ingérer de la nourriture, ce qui immanquablement me donnera une forte envie de vomir. Serrer les dents, au sens propre du terme, pour assimiler quelques nutriments afin de ne pas finir anémique. C'est vraiment difficile. La bouffe devient un médicament.
Heureusement, une fois de plus, que mon compagnon est là sinon je crois que je ne m'alimenterai pas. Mon corps me dégoûte de plus en plus à mesure que j'avance dans la transition, ces courbes féminines, ce gras féminin bien écœurant, la peur de manger pour enrichir ce gras, cette mollesse. J'essaie de faire de la muscu, je me défonce le dos, les genoux, mais le tout est de bruler ce que je ne peux voir. Sans énergie alimentaire, c'est quasiment impossible. Je le sais pertinemment mais je n'arrive pas à manger comme je le devrais. Je perds du poids, à nouveau. Ma peau perd de sa qualité, mes cheveux également, mais je gruge par divers artifices cosmétiques pour que cela ne se voit pas. Faut-il que je perde mes dents pour prendre conscience que je me tue à petit feu ?
Ce qu'il y a de partir avec ce trouble, c'est qu'il est contrebalancé par les phases boulimiques sans vomissement. Là, je prends du poids, de l'avance sur ce que je perdrais quand je serai en phase anorexique. Personne ne voit rien, je n'entre pas dans l'archétype du squelette ambulant.
Ce trouble est l'un de mes plus grands tabous, mais j'ai décidé qu'il deviendrait ma vraie lutte, mon véritable but. On ne guérit jamais, mais on peut le gérer. Sans doute en me réappropriant mon corps. Ne plus percevoir la bouffe comme un médicament, mais cette transition qui va faire de moi ce que je suis vraiment. Je sais que je peux y arriver. J'ai assez de recul pour cela. J'ai l'habitude de la douleur dans ce corps défaillant aux articulations malades. Si je surmonte ce trouble alors j'aurai remporté la première victoire sur moi, avant même la mutation vers mon état d'homme.

mardi 23 novembre 2010

Comme un grand !

Aujourd'hui est un grand jour pour moi. En effet, j'ai fait ma première injection de testo tout seul comme un grand.
Le fait est que, devant recevoir ce traitement à vie, je ne me voyais pas dépendre d'un-e infirmièr-e toute ma vie et quitte à être confronté à ses propres peurs, autant le faire le plus vite possible. Je craignais qu'en me remettant aux soins d'une tierce personne, je m'enferme dans ce confort et ne franchisse jamais le cap de l'auto-injection.
Comme je le dis souvent, je suis bien entouré. Un ami est venu et m'a aidé, détaillant chaque étape avec précision. en bref, ma première fois ne pouvait que se faire dans de bonnes conditions.
Il y a quelques temps, j'avais une vraie phobie des aiguilles, au point de ne pouvoir en manipuler. Depuis que je sais qui je suis, mes phobies s'envolent les unes après les autres et enfin je me suis débarrassé de celle-là.
Aucune douleur, de l'appréhension, mais un sans-fautes. Au final, je suis fier de moi. Du geste que j'ai osé accomplir, du fait de prendre enfin ma vie en main.
En fait, c'est vraiment aujourd'hui que j'ai l'impression de commencer ma transition. Un grand jour donc. ce soir, je me sens heureux, en phase avec moi-même. Sans doute un réel premier pas vers la sérénité.