dimanche 22 avril 2012

Vote et transition

Je vais faire ce que je ne devrais jamais faire : poster à chaud.
Depuis ce matin, je n'étais pas particulièrement bien dans mes bottes. Le souci ? Aller voter en ayant une apparence masculine, mais avec des papiers féminins. Je savais que quelque soit la réaction en face, je le vivrai mal et ça n'a pas raté.
Il y avait deux possibilités :
  1. On me dévisage, et on m'accuse d'avoir volé des papiers de femme : je galère pour voter.
  2. On ne voit pas de clivage entre ma tronche et mes papiers : je peux voter tranquillement.
Bien entendu, c'est la deuxième solution qui a primé, comme toujours. Je pensais passer outre, mais en cette période où je ne suis pas stable, psychologiquement, suite à l'accumulation massive de problèmes, j'ai particulièrement du mal à gérer mon apparence. Me dire que je n'ai aucun problème à voter avec mes papiers féminins me fout en l'air, oui, parce que je ne "passe" vraiment pas, et je n'en peux plus.
Je le vois pas plein de petits points : En ce moment, je ne supporte strictement pas de me voir dans un miroir, ou en photo. Je suis hyper angoissé et mal à l'aise en extérieur. Je complexe de nouveau énormément sur ma taille.
Tout à l'heure, quand je me suis préparé pour aller voter, ça a été la bonne crise d'angoisse avec pleurs et nausées. Heureusement, j'y allais avec deux amies, ce qui m'a franchement aidé à franchir le cap. Lorsque j'ai glissé mon joli bulletin dans l'urne, j'ai pu entendre son nom complet bramé à haute voix (donc avec mon deuxième prénom bien féminin), ça m'a fait mal, mais j'ai pris sur moi.
Soulagé de cette étape, je pensais être en mesure d'être plus serein. Et puis, les premiers résultats des élections sont tombés. 20 % pour le FN ? Ok. Alors des gens comme moi, des gens qui n'ont pas les bons papiers, des gens qui n'ont pas le physique bien genré qu'il FAUT avoir pour être un bon petit français... qu'est-ce qu'on doit faire face à cette masse d'imbécilité crasse ?  Franchement, ça me fait peur, vraiment peur. Je me dis que le monde qui m'entoure est pourri jusqu'à la moelle, et que cette épreuve du bureau de vote n'était qu'une bagatelle. Quoique je fasse, je serai toujours autre, même avec des papiers. Cet autre avec sa tronche qui dérange, cet autre que le connard lambda s'estime en droit de moquer, d'insulter, voire de tabasser.
Il y a vraiment des jours où je me demande à quoi ça sert que je me force à me sociabiliser quand je vois ça. (Rien qu'hier, j'ai eu plusieurs preuves de la connerie des gens, mais je ne vais pas m'étendre là-dessus). Je crois que je vais aller m'isoler dans un trou perdu et me couper de ce monde qui m’écœure de plus en plus.
J'en ai plein le dos d'avoir peur chaque fois que je sors. J'en ai marre de me sentir en danger à cause de mon apparence, de ne pas me sentir libre de mes faits et gestes, et de penser qu'au fond, je ne suis pas le plus à plaindre.
Bref, je vais me rouler dans ma couette et hiberner de nouveau.

jeudi 29 mars 2012

Un bilan sanguin mitigé

Lundi, j'ai revu mon endoc pour notre entretien semestriel. Et comme je m'y attendais, elle a bondi devant mes résultats d'analyse sanguine.
Je passe les termes techniques, mais mon sang est épais comme de la pâte à pain. J'ai une polyglobulie, c'est-à-dire trop de globules rouges, due à un taux de testo beaucoup trop élevé. C'est... une maladie qu'on les cyclistes dopés à l'EPO !
Cela induit maux de tête, vertiges, douleurs dans les jambes et les bras... A u moins, je sais enfin pourquoi je me sentais dans cet état dernièrement, je pensais à une forme d'état grippal latent dont je n'arrivais pas à me défaire. Bilan, je risque la phlébite.
Comme contremesure, nous avons décidé de baisser mon injection (0.6ml toutes les deux semaines au lieu de 0.8), et, si possible de pratiquer une saignée. (ou faire un don du sang, mais en tant que pd, je ne peux pas le faire et on me renverrait chez moi à cause de ma tension trop basse)
Le temps que ça se régularise, il me faut boire beaucoup d'eau pour éviter la déshydratation, et aussi... éviter le sport pour ne pas suer (et donc me déshydrater).

dimanche 11 mars 2012

To dire or not to dire ?

Enfin un peu de nouvelles !
Il faut dire que j'ai été assez pris ces derniers temps, entre mon déménagement et autres peines, il était difficile de venir m'étaler ici.
Je suis également dans une période où je rencontre pas mal de gens, ou j'approfondis mes relations avec d'autres. Cela amène sur le devant de la scène la question de la transidentité. Auparavant, je pensais que je serai obligé, avec le temps, d'"avouer" ma transidentité aux gens à mesure de l'avancement de nos relations. Aujourd'hui, je me suis ravisé. Finalement, être trans m'appartient et je ne vois aucune raison de la dire, je ne vois pas pourquoi cela nuirait à la valeur d'une amitié naissante, par exemple. Dans la mesure où je ne couche pas avec l'autre, je n'ai pas à lui dire que mon caryotype ne colle pas à mon apparence, étant donné qu'il ne devrait pas fourrer son nez dans mon caleçon.
Je ne dis pas que j'énonce une vérité absolue, que toutes les personnes trans devraient penser comme moi. Il s'agit juste de mon ressenti actuel. (Je précise, on ne sait jamais)
Mon passing s'est nettement amélioré ces derniers temps, et les "madames" se font enfin rares. Pourtant, je ne pense pas avoir tant changé que cela, mais je pense qu'assumer mon état d'homme, dégager une assurance nouvelle aide à ce passing. Et puis ma voix ne peut porter à confusion. Elle a encore un peu baissé, ou alors je la pose mieux, je ne sais pas. En tout cas, elle lève facilement toute ambiguïté.
Je ne m'étalerai pas davantage ce soir. Il s'agissait avant tout d'un message (un peu décousu ?) pour vous signaler que je suis en vie.
 

mercredi 8 février 2012

Mon ami, mon confident.

Aujourd'hui (cette nuit), je me fends d''un article en demi-teinte. Quand on crève de fatigue, mais qu'on a peur de la nuit, ce n'est pas le meilleur moment pour écrire.
Cela fait presque trois semaines que mon cheval est mort. La vieillesse l'a emporté, à l'aube de son trente-deuxième printemps. Il a fallu prendre la décision d'abréger ses jours, dire ce simple "oui, faites-le". J'ai perdu la notion du temps depuis cette sentence. Le jour même, je me suis effondré. Marionnette sans fils. Puis, j'ai fait ce que je fais toujours depuis que ma vie s'émaille de deuils : j'ai nié.
Il me fallait garder la tête haute, trop de problèmes à régler. Des conneries, de l'administratif, des choses non-vitales à une heure où je commençai cruellement à manquer d'oxygène. Je me suis battu, je me suis noyé dans le travail pour ne plus penser. Cela m'évitait l'alcool, quoique..., et c'est toujours ça de pris.
Et enfin, le retour de flammes. Oser penser à lui, oser prononcer son nom, son seul nom, associé au mot "mort". C'est intolérable. Il était mon ami précieux, mon confident. Il a accepté mes changements sans se poser de questions. Il savait que j'étais moi, peu importe mon genre, et il venait toujours lover sa tête dans mes bras quand il sentait que j'allais mal.
La dernière fois que je l'ai vu, il est venu vers moi, s'est serré contre moi. J'ai étreint cette lourde tête aux longues oreilles noires. Il n'était pas beau, selon les critères requis, mais il était le plus beau pour moi. Enfouir mon visage sous ses crins, presser ses oreilles entre mes mains, caresser la peau de son bout du nez, un peu tendre et rose sur le dessus, à la naissance du blanc de sa liste, rêche sur la pointe du nez, là où quand je le grattais, il vérifiait que je n'avais pas de carottes avant de se détourner, penaud, me devinant les mains vides. Il portait en lui une gentillesse incommensurable, que je n'ai jamais rencontré chez un autre cheval. Ces attentions discrètes et délicates, toujours attentif à ne pas gêner, quitte à déplacer maladroitement son vieux corps meurtri par l'âge. Toujours gentil, quelles que soient les circonstances.
Quand son amoureuse de pâture est morte, je me suis bagarré pour le faire renaître, car il était horriblement triste, mon bourriquet, à ce moment-là. Moi aussi, j'avais mal, mais je passais outre pour l'aider. Je crevais de peur à l'idée qu'il se laisse mourir de chagrin. De longs mois de lutte, j'ai réussi.
Lui, en retour, m'a toujours apporté un soutien sans faille. A force de passer ma vie à lutter contre moi-même, mes peurs, mes doutes, mes colères, mes peines, je pensais ne plus être en mesure de ressentir la moindre chose, asséché que j'étais. Mais lui venait toujours, à ces moments là, il fendait son groupe de compagnons et allait à ma rencontre. De loin, il savait que j'allais mal, et que j'avais besoin de lui. Là, comme toujours, il posait sa tête contre moi, d'un geste lent, puis se mettait à brouter à quelques pas de moi. Je me posais dans l'herbe à ses côtés, le regardait. Quand j'arrêtais enfin de pleurer, il me regardait à son tour avec son air si particulier de dire "On se relève de tout, tu sais."
Sauf qu'à présent, qui sera là pour me le dire ? Comment dois-je me relever de cette perte que je peine à mesurer ? J'ai tout fait pour lui offrir une belle vie. J'ai eu un bonheur immense à partager seize ans de ma vie avec la sienne. Mon ami fidèle, mon confident. Me voilà coupé en pleine envol par la douleur immense de ta perte, mais peut-être était-ce là une façon de me dire qu'enfin j'étais prêt. Que maintenant, je peux vivre de mes propres ailes.

dimanche 15 janvier 2012

Torse à 7 mois

Eh oui ! Cette fois-ci, je n'ai pas oublié de faire les photos rituelles à la date anniversaire ! (mais de les poster à la bonne date...)
Ce qu'on remarque :
  • L'aréole droite est super chouette
  • L'aréole gauche est super chelou (mais je m'en fous)
  • L'ensemble est harmonieux
  • Les cicatrices blanchissent bien, ne sont pas en relief non plus.
Ce qu'on ne remarque pas :
  • J'ai deux petites pointes de chaque côté, au bout de chaque cicatrice (côté bras)
  • Il y a un surplus de peau sur chacun de ces côtés
  • Un surplus de peau au centre.
Depuis peu, je me suis remis aux massages réguliers. On verra d'ici deux mois ce que ça donne !

[Retrait des photos]

dimanche 1 janvier 2012

Bonne année !

Et quoi de mieux qu'un premier de l'an pour faire un bilan ?
Aujourd'hui, je vais bien, franchement bien même. Bien sûr, j'ai des hauts et des bas, les soucis administratifs, un déménagement qui se profile dans un flou poisseux qui me stresse un max... et pourtant, je tiens le bon bout, on dirait. je vais prendre point par point les divers éléments typiques de la transition, histoire de ne pas partir dans tous les sens comme je sais si bien le faire.
La testo :
On commence par le point noir. La testo, j'en ai plein le cul, tout simplement. Pas de ses effets, bien au contraire, mais des contraintes que cela représente. Me faire enfoncer une aiguille de quatre cm dans le muscle fessier tous les quinze jours, ça me soule. D'autant plus que des implants existent, qu'ils ne sont pas dispos en France, que des patchs existent, mais qu'ils sont hors de prix. J'aimerais tellement en France pouvoir avoir à portée de main des solutions plus simples pour ma transition. J'aimerai aussi ne pas avoir à aller à la pharmacie tous les quinze jours pour choper une ampoule. C'est pas demain la veille que je me ferai un périple de trois mois loin de toute civilisation. Le sentiment de dépendance est une chose qui me déplaît puissamment.
L'hystérectomie :
Je cherche des témoignages sur la vie sexuelle des gens après cette opération, et ce n'est pas évident. j'espère pouvoir la planifier bientôt, parce que j'ai régulièrement mal aux ovaires, et que j'aimerais être débarrassé des opé, bien que je ne sais pas encore si je prévois une retouche sur mon torse ou non.
Le torse :
Je suis passé du stade d'admiration béate au stade d'acquis. C'est-à-dire que bien qu'il me réjouisse toujours au plus haut point, je l'ai intégré parfaitement. Je ne stresse plus en sortant de chez moi parce que j'ai l'impression d'avoir oublié mon binder, j'ose des fringues moulantes qui s'y prêtent. Là, c'est davantage mon bide qi m'obsède, mais en période de fêtes, ce n'est pas le moment de le perdre ! je ne sais pas non plus si je ferai une retouche; Mon aréole gauche a une forme un peu conceptuelle mais elle récupère bien de la sensibilité. Si retouche il y a, ce serait minime, de fait, pas pour tout de suite. je me laisse un an révolu post-op avant d'envisager de contacter le chirurgien.
Le relationnel :
J'ai le sentiment que mon identité masculine commence à bien passer en famille, même si parfois le trait est un peu forcé, tous font des efforts. Cela me touche énormément et me rend plus fort. De tout ce que je vais pouvoir dire dans cet article, c'est vraiment ce point là qui me rend heureux en premier lieu.
Le passing :
J'ai toujours ma tête de gonzesse et un passing aléatoire. néanmoins, j'ai vraiment une voix super grave (et super sexy ! XD) Rien qu'hier en levant un peu la voix pour parler à une amie un peu éloignée, la pote qui était assise à côté de moi a halluciné parce que sa chaise a tremble "Fus Ro Dah !" (comprenne qui pourra)
J'ai fait le constat troublant d'avoir un bien meilleur passing quand je suis maquillé, ou habillé de façon androgyne. Je pense qu'à ces moments là je pousse malgré moi ma masculinité.
Mes résolutions de 2012, en terme de transition :
  • Mettre en route l'hystérectomie
  • Commencer à préparer l'Etat-civil (voire le présenter)
  • Etre plus libre dans ma façon d'être, assumer mon androgénie.
En résumé, 2012 pourrait être "la fin" de cette transition. Quoiqu'il en soit, elle sera l'année d'un nouveau départ, et je me sens paré et impatient de le vivre.

dimanche 27 novembre 2011

Transitionner, c'est pas facile.

Et si on écrivait un article autre que la mise à jour de son torsounet ? Bonne idée , n'est-ce pas ? Et bien commençons avec un post super joyeux.
Je suis taraudé de questions depuis quelques temps (depuis ma naissance ? ha ! ha !) J'esaie de mettre les choses en place, mais je n'y arrive pas. Tout simplement.
Je joue à l'ascenseur émotionnel en ce moment, avec des phases de bien-être relatif et des phases franchement noires. J'ai l'impression que la transition physique n'est rien face à la "transition d'esprit", expression lue il y a peu et que je trouve très juste.
Je m'aperçois qu'en ce moment, je suis plongé dans cette transition-là, avec férocité. Il y a deux aspects, d'abord l'aspect mental. J'ai l'impression d'être dans un corps morcelé : une tête de fille, des bras de fille, un torse de mec, un corps de fille depuis le dessus du nombril jusqu'au bas des pieds, truc gras et informe. Ça me pose problème et suscite le fait que je ne suis absolument pas sûr de moi, que je mets des plombes à m'habiller, que je ne suis jamais à l'aise quoique je fasse comme effort pour gommer les courbes féminines. J'ai toujours eu des soucis de confiance en moi, et j'ai le sentiment qu'ils sont exacerbés ces derniers temps. Le miroir me pose vraiment problème. Il y a des jours où je me trouve beau, du moins je me plais, et des jours où je ne supporte strictement pas ma tête, mes hanches, mes bras. La taille aussi recommence à vraiment me poser problème alors que je n'arrête pas de croiser des mecs bios franchement plus petits que moi ou de ma taille.On m'a dit que ma taille jouait contre mon passing. Cette phrase m'aura plus meurtri que je ne l'espérais.
J'en viens du coup à l'aspect mental. Au fil de mes réflexions, je me rends compte que je serai peut-être plutôt agenre. Socialement, je me sens plus proche, et plus à l'aise avec les femmes. Avec les hommes, je ne me sens strictement pas à ma place, j'ai toujours la pression quand je parle à un gars. Néanmoins, j'ai l'impression de n'appartenir ni à un monde, ni à l'autre. Comme si physiquement, je cherchais à m'apparenter aux hommes mais que mentalement, ce serait plutôt une orientation vers les femmes. Pourtant, m'identifier agenre me gêne profondément. Je ne m'y sens pas à l'aise non plus, déjà parce que cette place est extrêmement inconfortable en société, et que non, ce n'est pas une question de n'être ni l'un ni l'autre, ou un troisième genre, ou deux genres à la fois. Le genre masculin me convient même si je n'entre pas dans ses canons, ses stéréotypes.
Je pense que le fait que je ne passe pas est crucial dans ce cheminement. Si je pouvais me présenter au masculin sans ambiguité, je pense que je vivrais mieux la situation. Là, chaque sortie et une lutte, chaque fois je dois dire à chaque personne rencontrée que oui, je suis bien un mec, et là, j'arrive à un point de saturation sur mon absence de passing.
J'ai du mal à gérer la dichotomie entre mes aspirations à l'androgénie et l'affirmation de ma place d'homme en société. Hier, je suis allé à une soirée Rockabilly. La majorité des gens étaient habillés en conséquence, moi itou. En résumé : filles très filles (robe, maquillage pin-up...) et les mecs très mecs (chemises, rouflaquettes et compagnie) Et moi là dedans ? J'avais vraiment le sentiment d'être une fille déguisée en mec malgré ma superbe chemise rockab' que j'aime d'amour.
En a résulté un profond sentiment de malaise, sans compter qu'il y avait un monde fou, sans compter que j'ai croisé des gens que je côtoyais pré-T et qui ne m'ont pas reconnu (et c'est tant mieux). Tirer un trait sur le passé, ce n'est pas simple non plus mais je ne voulais pas qu'ils me reconnaissent, je ne voulais pas avoir une millième fois à expliquer mon parcours et devoir justifier mon choix de vie.
Je crois que je n'ai jamais été aussi fragile qu'en ce moment, sans compter que s'y ajoutent d'autres soucis que je n'évoquerai pas ici. J'ai le vif sentiment d'être déraciné, de quitter une réalité que je connaissais bien et que je vais appeler à l'arrache "le monde des filles". Je pense que cela a été particulièrement difficile, car dans une soirée "classique", où les gens sont habillés comme au quotidien par exemple, il s'agit là d'un terrain neutre, un monde qui ne me concerne pas vraiment. Que là, être plongé dans le rockab', un monde que j'ai pas mal fréquenté en exacerbant ma féminité en mode pin-up, dans une forme de féminisme mis en avant, un univers dont je connais très bien les codes. Là, j'ai l'impression d'être balancé dans le monde des hommes sans aucun mode d'emploi. J'ai l'impression qu'il me manque tout le background d'une enfance et adolescence masculine, et j'ai eu le sentiment d'être la fille qui joue au mec, vraiment l'impression de ne pas être à ma place.
A cette soirée d'ailleurs, j'ai croisé un (très beau) jeune homme. Grand et fin, une crête, maquillé. Je lui en ai vraiment voulu d'être ce que je voulais être. Mais je ne serai jamais grand, jamais fin, et il avait beau avoir un look androgyne, il n'offrait pourtant aucun doute sur son état de mec. C'est ça que je recherche, mais ça m'est inaccessible. Je pense que je vais avoir du mal à gérer ça encore un temps. Le problème, c'est que ça altère sacrément mon moral. Là, j'ai juste l'envie de m'enterrer dans ma grotte et de ne plus jamais en sortir, ne plus être confronté au monde, ne plus me heurter à ces points de comparaison qui ne font que me ruiner le moral.
Je n'ai plus envie d'entendre les couacs des gens qui laissent échapper du féminin à mon encontre, je ne veux plus qu'on me parle de ma transition. Je veux juste être un homme lambda sans que cela soit remis en question dès que je fous un pied hors de mon appartement. Je suis vraiment fatigué de tout cela. Je me dis que je devrais peut-être aller voir un psy, vider mon sac, mais là, même souci. Si c'est pour tomber sur quelqu'un qui me dit de m'habiller bien en mâââââle et de me couper les cheveux pour être bien bonhomme, ça va juste me plomber ce qui me reste d'amour propre. En gros, je ne me sens pas assez fort pour entamer les démarches de trouver un psy souple et compréhensif, mais paradoxalement, j'en ai besoin.
Voilà bien le mot de la fin : le paradoxe. C'est vraiment ce qui m'habite en ce moment. Le paradoxe entre les différentes parties de mon corps, celui entre ce que je ressens et que j'ai du mal à cibler, ce que je voudrais montrer et ce que les gens perçoivent. Apprendre aussi à passer du statut de belle femme populaire à avorton introverti totalement invibilisé. Ça aussi, ça pourrait s'arranger. Si j'avais plus confiance en moi. Mais là, non, je n'y arrive pas. J'espère conserver des sursauts de bonne humeur, comme il m'en arrive encore parfois. J'aimerais surtout pouvoir vivre sans peur, mais ça, ce n'est vraiment pas gagné.